Les fonts baptismaux

La collégiale restaurée est l’écrin des célèbres Fonts Baptismaux de Notre-Dame : l’une des sept merveilles de Belgique, un des chefs-d’œuvre de l’art médiéval occidental.

Le vers 314 du ‘Chronicon rythmicum Leodiense‘ vante la cuve baptismale dès 1119. Il nous apprend que c’est l’abbé Hillin qui l’installe entre 1107 et 1118 dans l’église Notre-Dame, église paroissiale mère de Liège. Annexée à la cathédrale Saint-Lambert, l’église Notre-Dame détenait le droit de baptême. Cachée à la Révolution, la cuve mutilée –  elle a perdu, entre autres, son couvercle qui montrait les apôtres et les prophètes – fut attribuée en 1803 à l’église Saint-Barthélemy, devenue paroissiale après le Concordat de 1801. Les fonts ont été exécutés en laiton suivant la technique de la fonte à la cire perdue mais le nom de leur auteur reste ignoré : pour certains, ils furent réalisés en région mosane et pourraient être l’œuvre de l’orfèvre Renier de Huy ; pour d’autres, ils proviendraient de la région méditerranéenne.

Une lecture au premier degré nous permet d’identifier les cinq scènes traitées en haut relief sur la paroi lisse de la cuve cylindrique ; toutes illustrent le thème du baptême, comme en témoignent des inscriptions, gravées dans le fond nu, qui en éclairent le sens. Au centre, le jeune Christ jaillit du Jourdain. Le fleuve se soulève comme un élément solide enserrant le corps de cet adolescent qui a gardé toute la douceur de l’enfance. Jean, qui baptise dans l’eau, impose la main sur celui qui porte l’espérance du monde, sur celui qui baptisera dans le feu. Des anges s’inclinent, les mains voilées en signe d’adoration et de respect selon une formule chère à l’art byzantin.

Séparées par des arbres stylisés, mais liées par une ligne de sol ondulé, les scènes se succèdent : Jean-Baptiste prêche dans le désert ; il baptise les néophytes ; Pierre baptise le centurion Corneille ; Jean l’Évangéliste baptise le philosophe Craton.

Par ces deux dernières scènes, nous voici confrontés à la christianisation du monde romain par ce qu’il a de plus caractéristique : la puissance militaire ; et à la christianisation du monde grec par ce qu’il a de plus spécifique : la pensée philosophique.

Quant aux bœufs, groupés trois par trois suivant les points cardinaux, ils sont, eux aussi, chargés de symboles. Ils évoquent les apôtres chargés de répandre la bonne nouvelle, l’image de la grâce à travers le monde. Mais ils rappellent aussi ces douze bœufs qui supportaient la Mer d’Airain sur le parvis du temple de Salomon à Jérusalem (cf. 1 Rois 7, 23-26).

Cette œuvre, conçue dans un esprit essentiellement religieux, n’a pas manqué par ses messages, sa qualité même, de susciter de nombreuses hypothèses, voire polémiques : qui sont ses inspirateurs, ses commanditaires, est-elle liée à l’histoire liégeoise, d’où proviennent les matériaux qui la composent, son style s’apparente-t-il au monde classique, byzantin ou bien mosan… ? Mais n’est-il pas essentiel pour conclure d’évoquer «… le génie du créateur. Pour le déceler, il suffit de regarder l’œuvre… On y goûte cette émotion profonde et contenue qui marque le drame évangélique ; on y perçoit le frémissement des âmes devant Dieu» (Jean PURAYE, Les fonts baptismaux de l’église Saint-Barthélemy de Liège, Desclée de Brouwer, Bruxelles, 1951). D’avoir exprimé ces sentiments dans du laiton fondu, tel est l’apport de l’artiste.